Entrevue avec Louis Bertignac (Partie 1/2)

L’equipe de Cultive le Web jette sur la culture un regard audacieux. Le lecteur avant tout. La culture du lecteur, pour le lecteur. Quoi de plus audacieux que d’aller à la rencontre d’une oeuvre intemporelle? Aussi, portés de volonté, quelques mails échangés avec un agent puis avec le rockeur et quelques jours plus tard, l’écran s’allume sur un visage  creusé, tenu par un homme à l’aise, loin de l’image stricte de l’entrevue formelle. Dans son appartement, Louis Bertignac nous répond.

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(Photo: Cultive le Web)

Première Partie:

-Quentin Laronche et Théo Florens : Bonjour, merci d’avoir accepter cette entrevue.

Louis Bertignac : Pas de lézard

– Q.L et T.F : Comment allez vous?

L.B : Bien et vous ?

– Q.L et T.F : Bien merci, pour commencer, déjà, pourquoi avoir accepter l’entrevue d’un site tenu par des jeunes comme le notre alors que vous êtes habitué à des magazines comme Rolling Stone, Rock N’ Folk ou autres ?

L.B : Pourquoi pas ? Faut bien commencer.

– Q.L et T.F : Quand avez-vous pressenti que la musique et plus particulièrement le rock étaient votre vocation ?

L.B : J’ai commencé par adorer la musique, je suis tombé amoureux d’elle vers 14-15 ans. J’ai commencé à beaucoup en écouter, environ 6 heures par jour et à 16 ans j’ai commencé à en jouer, j’ai pris des cours de musique classique, j’avais quelques notions mais cela ne m’intéressait pas trop et après j’ai sorti la guitare pour imiter ce que j’aimais entendre.

– Q.L et T.F : Comme ?

L.B : Les Stones, les Beatles et après il y a eu les Who, Led Zep. J’ai commencé à jouer plus que j’écoutais, ça tournait autour de 6 heures par jour, et j’allais aussi au lycée. Après plus ça allait, plus je jouais, moins j’allais au lycée. Après vers 19 ans j’ai été repéré par Higelin quand j’avais une gratte à la main, il m’a demandé de jouer avec lui et j’ai eu mes premiers jobs. A 20 ans j’ai fondé Téléphone avec mes vieux potes.

– Q.L et T.F : Vous avez fondé Téléphone en 1976, comment l’idée vous est elle venue à l’esprit ?

L.B : A force d’écouter ces groupes durant ma jeunesse, j’ai eu envie de créer le mien.

– Q.L et T.F : Comment Jacques Higelin l’a-t-il prit ?

L.B : Il comprenait, il savait depuis le début ce que je voulais. Il m’a dit « Vas y je pense que t’as raison, à mon avis ce que tu vas faire va cartonner ». Donc j’étais partie pour le faire et je l’ai fait, au début j’ai essayé plusieurs formations, j’ai même essayé d’être batteur parce que je ne trouvais pas de bon batteur. Donc un an à végéter à laisser tomber la fac, à essayer pleins de groupes pour faire celui là avec ces trois autres là et je sentais que ça allait être un vrai bon groupe.

– Q.L et T.F : Avec Téléphone, vous avez rencontré un énorme succès auprès du public français, considérez-vous que cette expérience vous a transporté dans un autre monde ?

L.B : Ouais c’est sur, ça m’a vraiment confirmé dans le monde de la musique, et voilà, je me suis dis que j’allais faire ça de ma vie et Dieu soit loué car c’était ce que j’avais envie de faire. Mais quand Téléphone s’est arrêté, là c’était le gros doute, mais bon ça s’est bien arrangé.

– Q.L et T.F : Avec Téléphone, vous avez donné pas moins de 500 concerts et vendu plus de 6 millions de disques, comment pouvez vous expliquer ce succès auprès du public français?

L.B : Bah faut croire qu’on était pas mauvais (rires) ça doit être ça. Déjà quand on montait sur scène on avait la pêche, dans ce pays on était un peu au dessus des autres. A l’époque il y avait pas d’accordeurs de guitare mais on savait s’accorder mieux que les autres, on avait un peu plus de règles. Sur scène quand deux guitares accordées jouent ensembles, ça fait la différence. La basse aussi c’était important, et puis on s’entendait très très bien, on avait beaucoup d’amour les uns pour les autres et c’est pas étonnant vu que Téléphone, c’est une histoire de potes avant tout. On était pote avant le groupe donc avait déjà des affinités les uns avec les autres, et on s’amusait beaucoup.

– Q.L et T.F : Quels étaient vos rapports avec le public ?

L.B : Quand on était sur scène, chacun avait des rapports à sa façon, moi j’étais assez timide, Jean Louis (Aubert) était beaucoup plus rentre dedans. Je trouve que j’étais trop timide, je jouais de la guitare et de temps en temps je trouvais quelqu’un dans le public à qui je faisais des sourires.

– Q.L et T.F : Dans un de vos lives qu’on a regardé, on voit que vous êtes un peu dans votre monde.

L.B : Ouais, j’ai toujours eu ce truc où j’écoute comme un malade. Pour moi c’était mon boulot d’écouter les trois autres et de combler les trous. Donc j’écoutais beaucoup et même à l’époque d’Higelin je pensais pas que c’était mon boulot d’aller chercher le public physiquement, mon boulot c’était de fournir une super musique.

– Q.L et T.F : Vous l’avez bien réussi en tout cas (rires) …

L.B : Bah c’est tant mieux, c’était mon taf, Jean Louis, lui c’était d’haranguer les gens et d’écrire les paroles, Corinne (bassiste du groupe), elle s’était aussi d’haranguer la foule, c’était un peu la régisseuse du groupe, Richard (batteur) lui c’était le grand fou qui ne s’occupait pas de grand-chose mais qui avait les gestes pour envoyer les baguettes en l’air. Et moi c’était juste la musique.

– Q.L et T.F : On ne va pas parler des histoires de drogues du groupe, ça fait un peu racoleur nous trouvons, mais pensez vous que la drogue fait partie intégrante de la vie de rockeur ?

L.B : Nan, je vois pas ça comme ça, c’était juste que j’aimais le rock, j’aimais la drogue mais c’était pas forcément l’un avec l’autres, j’aimais aussi le foot (rires) et le ping pong. Le ping pong, la musique et la drogue peuvent aller ensemble, c’était juste mon caractère, un mec comme Richard s’est jamais droguer.

– Q.L et T.F : Enfin on associe beaucoup la culture rock avec la drogue.

L.B : C’est vrai que la drogue trainait beaucoup dans ces milieux là, mais ça arrivait qu’il y en ait qui n’en prenaient pas. Par exemple Richard n’en prenait pas à ce que je sache. Un gars comme Higelin touchait pas à la drogue, je me souviens quand on fumait un pétard il disait des trucs du genre « Mais qu’est ce que vous foutez ? Bande de jeunes cons » (rires). Mais chacun a ses trucs, c’est pas la drogue plus que l’alcool. On a chacun un échappatoire quand on se donne à fond dans un truc, y’en a qui vont à la gym d’autres qui font du yoga et y’a des cons comme moi qui vont prendre de la drogue. Mais bon c’est fini, j’ai changé de régime.

– Q.L et T.F : Vous la preniez comme échappatoire ?

L.B : Ouais, c’était des vacances un peu, y’en a qui vont au soleil, moi j’avais mon petit sachet et ça m’apportait du soleil.

– Q.L et T.F : Bon, à cette question, je suppose que vous avez appris votre réponse par cœur, comptez vous reformer Téléphone? Car vous avez dis dans Nice Matin « ce serait con de mourir sans reformer le groupe ».

L.B : Je devais avoir vraiment envie ce jour là … franchement j’en sais rien, si une occasion se présente, ça peut être sympa, si les autres m’appellent et qu’on fait une petite tournée, pourquoi pas, parce que c’est vrai qu’on a des supers chansons. C’est facile de monter sur scène, jouer ça et éclater les gens avec, mais c’est pas sur parce que tout le monde n’est pas partant.

– Q.L et T.F : Surtout que beaucoup de jeunes de notre génération n’ont pas eu la chance d’assister à vos concerts.

L.B : Oui c’est sur mais ça serait pas la même chose, on a plus le même âge, on sauterait pas comme des oufs, Jean Louis marcherait peut être pas sur les mains, je ne monterai pas sur l’estrade de batterie (rires). Ça serait moins physique, mais la musique serait meilleure, parce qu’on joue mieux, mais … voilà c’est pas mon but, c’est celui d’aucun des quatre. On a chacun nos vies, chacun nos envies et nos destinées sont plus ou moins tracées, moi je continuerai la musique quoi qu’il arrive, jusqu’à la fin … à moins que je trouve une autre passion mais j’y crois pas.

– Q.L et T.F : Durant cette période vous avez tissé des liens avec Jean Louis Aubert, comment décrivez vous votre relation professionnelle et amicale ?

L.B : Avec Jean Louis, on est des vieux potes et rien a changé mais on a vieilli, on a des familles.

– Q.L et T.F : En 2011, vous avez sorti l’album « Grizzly (Ca c’est vraiment moi) », considérez vous que c’est cet album qui correspond le mieux à votre musique ?

L.B : Ouais ça c’est le mec que je rêvais d’être quand j’avais 16 ans. Un mec qui fait des riffs de guitare, c’est ce style de musique dont je rêvais à l’époque mais bon, y’ a aussi d’autres styles qui me plaisent, faire de la musique comme les Beatles, plus mélodique, plus musicale, j’aurais aimé aussi. Mais c’était le moment de ramener ce style de musique, des riffs de guitare comme ça. C’était le moment de laisser parler plus la guitare que la voix. Mais maintenant ça peut être différent on verra.

– Q.L et T.F : Cette même année vous avez été nommé chevalier de l’ordre des arts et des lettres, que pensez-vous de cet honneur que l’on vous a décerné ?

L.B : C’est pas vraiment ce genre d’honneur que j’espère dans ma vie, franchement ça m’a fait un vague plaisir comme si il faisait beau aujourd’hui. J’avais oublié depuis (rires) mais c’est vrai que je cherchais cet honneur mais ça veut rien dire pour moi.

– Q.L et T.F : Y’a-t-il un honneur que vous rêvez d’avoir ?

L.B : Aller jouer au Madison Square Garden (rires), être invité par Jagger pour donner un concert avec lui. Mais bon y’a des petits honneurs que je reçois, par exemple il y a un petit groupe qui m’a proposé de les produire et c’est un honneur pour moi parce que c’est un putain de bon groupe. J’en ai toujours des petits honneurs qui me font plus plaisir que d’être chevalier. Pour un mec qui sait pas monter à cheval c’est un peu bête.

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9 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. lorrain1 dit :

    Pas mal ce site, bravo.

  2. avic dit :

    Merci pour cet interview. Super, Bertignac. En France nous ne savons pas créer des légendes comme Hendrix, Clapton, ou J.J. Cale. Et pourtant Bertignac est une vraie légende.

  3. Petit Chelem dit :

    Hé bien, félicitation pour votre audace ! Ca a du être une expérience assez incroyable ! Et vous pouvez désormais dire : « On a interviewé Louis Bertignac » ! Ce n’est peut-être pas Lady Gaga mais ce n’est pas rien !!!

    N’hésite pas à venir sur mon blog : http://petitchelem.wordpress.com
    Twitter : @Petit_Chelem

  4. sandylouna dit :

    Hello, et bravo pour ce pep’s. Sourires du soir.

  5. Très bonne interview ! Bravo !

  6. Madly by Zoxy dit :

    A reblogué ceci sur Madly by Zoxy.

  7. Super interview !! Les questions sont très intéressantes !!
    Ca change des questions bateau que l’on peut trouver n’importe où

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