Entrevue avec Louis Bertignac (Partie 2/2)

L’equipe de Cultive le Web jette sur la culture un regard audacieux. Le lecteur avant tout. La culture du lecteur, pour le lecteur. Quoi de plus audacieux que d’aller à la rencontre d’une oeuvre intemporelle? Aussi, portés de volonté, quelques mails échangés avec un agent puis avec le rockeur et quelques jours plus tard, l’écran s’allume sur un visage  creusé, tenu par un homme à l’aise, loin de l’image stricte de l’entrevue formelle. Dans son appartement, Louis Bertignac nous répond.

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(Photo: Cultive le Web)

Seconde Partie:

– Q.L et T.F : Actuellement votre popularité s’est décuplée au près de la génération 15 – 25 ans grâce à l’émission « The Voice », pourquoi avez-vous accepté d’être jury dans cette émission ?

L.B : Pour plusieurs raisons, la première, c’est qu’on m’a filé les DVD de l’émission américaine, et je me suis dit que je serai bien dans ce rôle, ça m’amuserait. J’ai vu que les mecs ils s’entendaient bien, que l’émission était bien foutue et qu’il y’a de vrais talents, même en France. On m’a dit tu verras tu vas tomber sur le cul, je te promets que tu vas tomber sur le cul. Mais c’est surtout les DVD qui m’ont persuadé, après dans mon entourage on m’a dit « Ne fais pas ça c’est pas rock n’roll », y’en a aussi, dont mon manager qui m’ont dit « C’est génial, tu vas pouvoir décupler la reconnaissance des gens , y’en a tellement qui ne te connaissent pas et qui vont te découvrir » et ça s’est passé comme ça vraiment.

– Q.L et T.F : Comptez-vous poursuivre cette émission pour la saison prochaine ?

L.B : Honnêtement j’en sais rien, déjà faut qu’ils me demandent et si ils me demandent, bien sur je pense que ça me plairait de le faire, à certaines conditions dont on doit parler en privé. C’est un peu que je souhaiterais le faire comme je l’aime.

– Q.L et T.F : On a aussi pu voir que dans l’émission, certains candidats qui chantaient particulièrement bien et qui auraient pu être bons dans le rock, ayant préféré d’autres jurys.

L.B : Je suis d’accord avec vous, d’ailleurs y en a certains qui ont été éliminés et qui m’appellent au secours, mais ça je suis d’accord, je l’ai dis à Emmanuel Djob, à Ralf Hartmann qui avait une putain de voix aussi. Y’en a pour qui je comprenais pas, l’année dernière, j’étais le seul à me retourner pour Vigon donc il était obligé de me choisir, mais c’est vrai que je comprends pas pourquoi les rockeurs ne viennent pas forcément vers moi. C’est dommage mais j’en ai eu comme Antoine mais ceux que j’ai eu n’avaient pas le niveau pour battre les candidats des autres jurys.

Q.L et T.F : On a aussi constaté que sur le plateau vous n’étiez pas aussi beau parleur que les autres jurys qui sont parfois hypocrites.

L.B : Je sais pas ça se trouve que parfois je ne me mettais pas assez en valeur, notamment pour le jour d’Emmanuel ou j’étais naze. Mais les autres sont aussi critiques, après y a des jours où j’ai eu à peu près qui je voulais mais voilà, un jour tu l’as, le lendemain tu l’as pas et tu sais pas pourquoi.

Q.L et T.F : Comment était l’ambiance entre vous, vos collègues jurys et les candidats ?

L.B : Évidemment c’était tranquille, ils étaient adorables mais c’est difficile parce qu’on les voit pas assez, surtout dans les premières émissions on n’a pas trop le droit de trainer avec, justement pour garder ce côté impartial. Déjà au début on les voit pas mais on les choisi, et après quand on les voit c’est pour répéter les battles. Les répétitions pour chacun durent en tout une demi heure, après on les voit un peu plus quand il y a plus d’histoires entre eux mais c’est dommage car au final on les voit pas assez. Mais bon c’est la loi du jeu.

Q.L et T.F : Vous avez eu un coup de cœur durant l’émission ?

L.B : Oui j’en ai eu plusieurs, celui qui a duré le plus longtemps c’était Lois mais Louane me subjuguait à chaque fois qu’il fallait y aller sauf quand elle a raté son « Call me maybe » mais c’est vrai qu’on élimine beaucoup, je trouve ça particulier de les aider puis de les éliminer (rires). Je pense que ça devrait être d’autres gens qui devraient les éliminer. On devrait les coacher du mieux qu’on peut parce que c’est spécial de les coacher en prévoyant de les éliminer après. C’est pour ça que je me prenais pas la tête à réfléchir la veille à mon choix du lendemain, c’est pourquoi je faisais mon choix en une minute sur le plateau au moment du choix et parfois j’ai fait des erreurs (rires). Mais bon on choisi sur le moment celui qui vous a plu sans penser à qui ira le plus loin.

Q.L et T.F : Dans votre carrière vous avez parcouru le monde entier, y’a-t-il une expérience qui vous a marqué ?

L.B : Y’en plein je ne peux pas en choisir qu’une, j’ai beaucoup aimé la tournée en Inde en 93, il y’a du y avoir 8-10 dates dans des villes éloignées les unes des autres car c’est très grand. Par contre il y’avait pas beaucoup de bon matériel, si bien que la veille des concerts je passais ma journée avec l’organisateur à faire tous les magasins de musique et de sono pour qu’ils nous prêtent des enceintes et des amplis parce que le mec me disait « J’ai ça » et le truc faisait deux mètres sur deux et 50 000 personnes étaient prévues « Ah putain mais t’es fou ça va jamais suffire, allez viens on y va » et à chaque fois j’allais choisir le matériel. On prenait tout dans un camion et on l’installait.

Q.L et T.F : Même en Inde vous étiez populaire ? Vous n’aviez pas de mal à remplir les salles ?

L.B : Non j’étais pas du tout populaire, il y’avait de grands rockeurs français mais personne n’avait entendu parler de moi. Je faisais des concerts gratuits mais personne ne venait parce que ça rapportait pas un rond mais c’était surtout moi qui voulait voyager et c’était gratuit. Ils connaissaient vaguement Michael Jackson parce que MTV venait d’arriver mais les mecs ne connaissaient pas le rock, je faisais des tournées d’histoires du rock en commençant par Bill Haley, Chuck Berry, les Stones, Jimi Hendrix pour finir avec Prince et je casais mes morceaux entre ceux là.

Q.L et T.F : Votre carrière a du vécu, vous avez 59 ans, est ce que vous avez des projets futurs ?

L.B : Ouais bah rien de spécial à part continuer à faire des disques et donner des concerts un peu partout, j’ai rien d’autres en tête à part ça, trainer avec mes amis d’enfance … j’ai rien d’exceptionnel en tête.

Q.L et T.F : Ce que vous nous dites montre que la popularité ne vous a pas fait tourner la tête.

L.B : La popularité ne peut pas me faire tourner la tête, si elle l’aurait dû et elle l’a un peu fait, c’est quand j’ai commencé avec Higelin auprès de mes potes ils se disaient « Oh putain il a un vrai job, il est musicien, il a un vrai job dans la musique c’est génial. ». Aussi quand, avec Téléphone c’est devenu gros mais … je suis vacciné contre ça, j’ai lu des bouquins dessus donc je savais à quoi m’en tenir si mon rêve se réalisait. Nan ça peut pas me tourner la tête ce genre de truc, ça a toujours monté comme ça, aujourd’hui « The Voice », c’est sûr il y a beaucoup plus de gosses qui viennent me voir … et des mamies aussi. Ça fait beaucoup plus de monde qu’avant mais c’est pas ça qui peut me faire tourner la tête, il y’a pas grand-chose qui peut me faire tourner la tête heu … une fille peut être (rires).

Q.L et T.F : Enfin quels conseils donneriez vous à un jeune qui souhaite débuter dans la musique ?

L.B : Bah c’est délicat, quoi qu’il arrive, il faut jouer ou chanter, beaucoup, pour être bon il y’a pas de secret, il faut comprendre le truc, après pour se lancer dedans c’est compliqué, c’est un job facile pour ceux à qui ça marche et c’est un job très difficile pour ceux à qui ça ne marche pas.

Q.L et T.F : Mais il n’y a pas un truc pour ceux qui ont du talent à exploiter, un détail, une rencontre ?

L.B : Nan, nan un jour je me suis dis, quand j’étais encore au lycée et en fac, « il faut que tu lâches tout, ça ne marchera pas si tu te retrouves pas comme une merde sans rien, si t’as pas de parachute, t’as peut être une chance », donc je me suis retrouvé sans rien pour me faire de la tune, sans parachute, même pour bouffer et trouver un endroit où dormir et c’est à partir de là que ça a marché.

Q.L et T.F : On est en période de bac, est ce que vous avez eu votre bac ?

L.B : Ouais, au bout de la deuxième fois, un bac D (équivalent du bac S avec spécialité SVT).

Q.L et T.F : D’ailleurs nous voyons que vous fumez une cigarette électronique, nous avons fait un article dessus si vous voulez connaître un peu les risques.

L.B : Ça fait depuis un an et demi que je fume plus que ça et les poumons sont nettoyés, y’a peut être des risques mais bon … j’ai le bide qui a un peu grossi mais ça doit être l’âge (rires).

Q.L et T.F : En tout cas merci beaucoup.

L.B : Pas de soucis.

T.F et Q.L

Avis de la rédaction culturel:

Quentin Laronche : Interviewer mon artiste français préféré c’est énorme. Super agréable, drôle, simple, Bertignac est un super musicien et un super gars.

Théo Florens : Une expérience initiatique dans le domaine journalistique, que demander de plus ? Un type pas compliqué et franc, qui nous a tendu une perche comme Higelin lui en a tendu une. Génial.

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Madly by Zoxy dit :

    A reblogué ceci sur Madly by Zoxy.

  2. Aymeric dit :

    Waw énorme! Quelle chance vous avez eu de pouvoir interviewer un artiste comme Bertignac!

    J’adore votre site 🙂

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