La déchéance (de nationalité)

Libertés fondamentales mises en marge, citoyenneté malmenée, racisme toléré, la déchéance de nationalité pour les binationaux nés en France est le zénith d’une déchéance politique.

Suite aux attentats du 13 novembre à Paris, le Président de la République réunit en mesure extraordinaire le Parlement en Congrès à Versailles. Posture froide, et regard de travers sur notre Constitution. Cette réunion est seul organe ayant capacité à modifier notre bloc de constitutionnalité; entendons la « loi suprême » française, celle issue par symbole du peuple français et qui transcende si bien qu’elle surpasse le droit qui doit se conformer à celle-ci.

7575806

Survient suite à la réunion du Parlement en Congrès,l’état d’urgence, acclamé, comme une détonation dans la nuit froide. Une politique du symbole, du spectacle. Sous l’office de cette mesure, ce qui devait être la « marche mondiale pour le climat » aboutit à des violences policières innommables, à des arrestations arbitraires; un cou de talon dans la liberté à se réunir librement, droit consacré par les droits de l’Homme, pourtant eux aussi inscrits férocement dans le marbre dur de ce fameux bloc de constitutionnalité. A un peuple mécontent, apeuré, en désamour du politique, il faut des mesures patriarcales, si hautement spectaculaires  que bassement utiles. Ce qui était un socialisme hier survient aujourd’hui comme un modèle unique, un parti de la panique.

En ce 31 décembre 2015, l’année écoulée vient se coucher comme le droit du sol, lui, vient à trébucher sur les robustes ambiances de méfiance, de haine et d’abrutissement collectif. Après un large bafouillage gouvernemental, entre contradiction interne et contradiction partisane, ce qui vient sacraliser l’orgueil de certains à se vouloir plus français que d’autre sera mis au mot légal. Le principe d’égalité face à la loi, ayant fait tant trembler les réactionnaires de tout pays, depuis des siècles, principe premier et nécessaire à l’exercice démocratique, est mort. Deux individus coupables de terrorisme, ne sauraient dès-lors connaître la même peine, l’un protégé par sa nationalité « pure », l’autre renfloué au rang de citoyen toléré, renvoyé dans un pays n’ayant nul mot à dire. A dire vrai, il semble difficilement acceptable de concevoir un terroriste découragé par peur de perdre sa nationalité française. Aussi, une once de lucidité tendrait à convenir que l’exercice politique, joue sur le terrain des grandes mesures, afin de séduire un peuple cherchant des coupables « ici et maintenant » à un problème mondial.

Actuellement la déchéance de nationalité étant prévue à l’article 23-7 du Code civil, une simple modification du texte de loi aurait pu suffire, le choix d’inscrire cela dans la Constitution s’ancre dans une logique d’apaisement d’une France bagarreuse, ayant envie de régler ses comptes avec un ennemi qu’elle ne cerne pas, aussi l’amalgame, le fouillis des mots et des idées,  laisse en exergue la primauté à l’inculture et aux bornés de tout bord.

Publicités

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Bravo, bel article. Vous écrivez peu, mais ça vaut la peine à chaque fois. Et bien sûr, d’accord avec vous

    1. Merci pour votre soutien !

  2. Froid dans le dos. Merci pour ce billet qui donne un éclairage différent sur l’ambiance générale en France depuis les attentats de novembre.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s