La tyrannie du Buzz ou la course à l’urgence !

Un bruit informationnel omniprésent qui teinte, oriente et forge nos perceptions et opinions. Comme la rumeur, on ne sait le contenir : c’est le buzz !

Au cours des 15 dernières années, le développement et la sophistication des techniques de communication ont eu pour effet d’accélérer le temps. C’est aujourd’hui l’idéologie de l’immédiateté, avec la chasse aux scoops et la concurrence exacerbée, qui régissent la distribution de l’information. Conséquences, nos attentes, notre façon d’y accéder et de la consommer se sont transformées – sans parler de l’évolution du métier de journaliste, lequel paraît de nos jours davantage contrôleur que créateur de sources.

Notre opinion n’est plus personnelle mais bien superficielle. Et la multiplication des supports de diffusion médiatique semble encourager les internautes à livrer leurs propres opinions. Prenons l’exemple d’une quelconque information diffusée sur le net : disséminé stratégiquement, ce scoop, cette annonce ou encore, ces quelques mots échangés avec un  people  seront repris et enfleront. Buzz !

A force d’être repris en boucle et commenté sur les réseaux sociaux et blogs, un fait sera approuvé ou non : la polémique prendra forme. Mais ce mécanisme ne s’arrête pas aux « chroniques de chiens écrasés » et les croyances collectives en sont largement impactées. C’est l’opinion publique qui façonne le buzz.

Mais l’opinion publique, c’est quoi ?

Il s’agit d’un jugement, d’une évaluation, déterminant d’une manière instinctive ou réfléchie la valeur que revêt un état du monde pour un ensemble d’individus. Néanmoins, l’instantanéité que permettent les nouvelles technologies a fini de dissoudre la frontière qui prévalait jusqu’alors entre faits et commentaires. Et de nombreux médias ont d’ailleurs contribué à cette dissolution ; en cherchant à générer de l’audience et des revenus publicitaires sur le web, ils se sont prêtés au jeu des blogs et autres espaces contributifs.

Les destinataires de l’information, par l’instantanéité de la diffusion, prennent possession de l’information, se l’approprient, et en deviennent les véritables détenteurs.

Le poids buzz se fait plus important que celui de la vérité. Le spectateur se réfère maintenant à lui-même ; il croit ce qu’il entend et non plus ce qui est. Aucune information n’est épargnée et la déferlante de réactions dénature le fait.

Existe-t-il, pour autant, une frontière éthique ?

Car face à l’avalanche de retweets et commentaires, le lecteur honnête devrait faire appel à son sens moral, définissant une sorte d’ultime rempart et un motif d’indignation. Mais en possède-t-il vraiment ? Lorsqu’une bimbo de la téléréalité surfe sur la vague médiatique, trône au sommet du buzz, et que, dans un même temps, un génocide a lieu au Congo dans l’indifférence générale, le doute s’installe.

Entre les conditions de production et les conditions de diffusion, l’audience est là, ignorant le plateau et ses coulisses. Inlassablement, quasi-mécaniquement, devant son poste de télévision. Entre débats vraiment faux et faussement vrais, la collusion entre pouvoirs politiques, médiatiques et économiques ne se fait que plus flagrante.

La concurrence temporelle et la chasse aux scoops ne peuvent rien produire, sinon du « fast-thinking », « fast-food culturel », comme l’écrivait Pierre Bourdieu dans son ouvrage Sur la Télévision. La corrélation ne peut-être que négative entre la vitesse et la complexité, nuance et richesse de l’information.

Il est indéniable que les médias ont démocratisé les débats politiques et l’accès à la culture. Mais à quel prix ? L’instant de gloire, éphémère, sans cesse recherché, cultivé, est devenu la norme sur les réseaux sociaux et autres médias.

C’est finalement la bêtise et le dérapage qui retiennent le plus l’attention, davantage vendeurs, sexys, qu’une réflexion construite et aboutie. Evidemment… Plus simple de collecter des likes grâce à une vidéo ou une photo qu’avec un livre ou une belle formule. J’avais oublié : réfléchir c’est compliqué. Alors que la téléréalité, elle, s’absorbe passivement.

Et en plus, c’est rigolo

Samuel Abettan

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