Souffrance et conscience animale : qui est la bête ?

A l’heure où les vidéos choc de maltraitance d’animaux en abattoirs et autres scandales pleuvent, il est intéressant de se demander quelle place nous laissons aux animaux dans notre société. Très vite, la question de la conscience animale se pose, pour ne pas dire qu’elle s’impose.

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En 2012, la conférence de Cambridge se montre claire à ce sujet : « les structures cérébrales responsables des procès que génèrent la conscience chez les humains et les autres animaux sont équivalentes ». Mais le débat ne s’arrête pas là : rien qu’en droit, on assiste à une conception très ambiguë du statut de l’animal. A mi-chemin entre chose et être doué de sensibilité, on voit bien que le saut qualitatif pour considérer l’animal comme un sujet de droit à part entière peine à être fait. Et pourtant, ce pas, ou plutôt la difficulté à le faire, semble en dire long sur notre société. Pourquoi tant de réticence ?

Un problème d’égocentrisme

Nous l’avons vu, reconnaître une conscience à un animal ne pose pas un problème scientifique. Les preuves sont suffisamment claires pour que le doute puisse être éradiqué. L’enjeu n’est donc pas de savoir si les animaux ont une conscience mais si nous acceptons d’admettre qu’ils en aient une. Au problème scientifique, il faut troquer un problème d’égocentrisme des hommes. Concéder la conscience à l’animal, c’est faire un pas vers l’égalité de tous les êtres vivant et reculer d’un autre sur ce que l’on considère encore trop aujourd’hui comme un privilège humain. En fait, c’est accepter que la supériorité de l’être humain sur les autres êtres vivants puisse être relativisée, c’est admettre que nous ne sommes pas si uniques. En renonçant à une conception mécanique d’un animal uniquement réceptacle de nos émotions et désirs de communication, on consent à ce que celui-ci accède à une place quasiment égale à la nôtre dans la société. Tout autant que le statut de l’animal, c’est celui de l’homme qui serait alors remis en question. La difficulté est là : il faudrait parvenir à tirer un trait sur des millénaires de pensée dominée par une obsessionnelle recherche d’un propre de l’homme.

Cependant, dès lors que l’animal serait considéré comme l’égal de l’homme, tout du moins sur le plan de la conscience sensible, on ferait face à un autre obstacle, une nouvelle offense à notre orgueil : qu’est ce qui justifierait la souffrance de l’animal ?

Le paradoxe de l’argument de la conscience

Il est une habitude à prendre lorsque vous débattez sur la question de la souffrance animale. Ne perdez jamais une occasion de poser le cadre de vos propos avec cette réflexion de Gandhi « On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux ». En fait, ne perdez jamais une occasion de citer Gandhi tout court.

Finalement, la question n’est pas de savoir si les bêtes ont une conscience, si elles ont un langage ou si elles éprouvent des sentiments. Non, la question est de savoir si seulement elles peuvent souffrir, si la douleur leur est étrangère ou non.

Il devient alors absurde de justifier la souffrance ou la mort d’une bête par notre supériorité rationnelle, car cela reviendrait à se mettre au niveau de celles qu’on prétendait inférieures. Utiliser la rationalité de la conscience serait dès lors faire preuve d’inconscience : celle d’une souffrance évidente.
Tolérer la maltraitance animale au nom de l’absence de conscience des bêtes, c’est devenir soi-même bête (oh un jeu de mot !). Tout le paradoxe est là.

Elodie Graziani et Samuel Abettan

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