Comment la candidature Macron pourrait propulser Fillon à l’Élysée

Cet article a été publié à l’origine sur Le Plus (L’Obs) le 17/11/2016.

Conspué de toutes parts, Nicolas Sarkozy pourrait bien céder sa place au miraculé François Fillon, curieusement chouchouté par l’intérêt médiatique ces derniers jours. La déclaration de candidature d’Emmanuel Macron pourrait décourager l’électorat de mouvement d’Alain Juppé de se rendre aux urnes. Explications.

Entre Emmanuel Macron et François Fillon, aucun rapport d’apparence. Le premier est jugé déloyal, le second loyaliste, le premier est un « outsider » des institutions, le second, lui, a été six fois ministre, Premier ministre, sénateur et député.

Mais alors, comment la candidature du fondateur d’En marche ! pourrait-elle propulser le candidat à la primaire de la droite et du centre, dernièrement au centre des attentions, sur le perron de l’Élysée?

« En marche ! », ovni politique

En avril dernier, Emmanuel Macron créait son mouvement politique, En marche !, revendiqué « ni de droite, ni de gauche », un ovni politique lui ayant valu le titre de « populiste doux ».

Mais, pensé comme une start-up d’apparence et un think-tank de fonctionnement, le mouvement de l’ex-ministre est pourtant loin d’incarner une idéologie moderne. Emmanuel Macron est simplement social libéral.

Comment, alors, un mouvement incarnant une idéologie réfléchie depuis plus d’un siècle a pu faire fantasmer une exclusivité politique?

La chose est simple. La construction psycho-politique française s’articule autour des analogies déductives « gauche/droite » héritée du symbole des chambres basses et hautes depuis la Révolution française.

En somme, Macron n’a rien inventé, le socio-libéralisme est déjà ancré dans les cultures politiques de nombreux États, des États-Unis d’Obama à l’Allemagne de Merkel, où l’idéologie se confond parfois avec la social-démocratie, particularisme du socialisme.

Macron, créateur d’espace politique

L’annonce de la candidature d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République, mercredi 16 novembre à Bobigny, peut ressembler à une goutte d’eau tempétueuse dans le déluge de la campagne.

Cependant, cette simple déclaration pourrait changer toute la donne de la présidentielle.

En 2012, l’espace politique de centre-gauche était vide d’intérêt aux yeux des électeurs, chasse-gardée du Parti radical. Cependant, aujourd’hui, la politique gouvernementale, poussée à gauche par les frondeurs, s’y frotte de près. Manque de chance, Emmanuel Macron occupe également l’espace.

En somme, la candidature Macron affaiblit grandement les potentiels électeurs du potentiel candidat de la gauche gouvernementale à la Primaire de la gauche.

Une candidature de trop?

Mais l’ancien banquier ne vient pas seulement bousculer son voisin de gauche. Déclaré candidat la veille du dernier débat de la primaire de la droite et du centre, Emmanuel Macron vient coller un coup de pioche dans l’électorat du favori : Alain Juppé.

Si ce dernier semble assuré d’être au second tour de la Primaire, ce n’est pas le cas de Nicolas Sarkozy. Conspué de toutes parts (affaire de l’argent Libyen), celui-ci risque de céder sa place au miraculé François Fillon, curieusement chouchouté par l’intérêt médiatique ces derniers jours. Un second tour de la Primaire Juppé/Fillon se fait sentir.

Mais, une première place trop longtemps gardée n’est jamais bonne en politique, où les courses de grande haleine se gagnent têtes penchées sur le dernier mètre.

Qui plus est, la volonté aveugle de contredire les sondages à tout prix depuis l’élection de Donald Trump pourrait pousser François Fillon à la tête de la droite française pour les élections présidentielles de 2017.

À noter également que la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron, sous l’impulsion des premiers jours, pourrait même décourager l’électorat de mouvement d’Alain Juppé d’aller même jusqu’aux urnes, se tournant vers l’outsider, celui que certains ont même surnommé le « Trump à la française ».

Place au schéma attendu

Si un doute ne se fait pas sentir depuis plusieurs mois, c’est bien celui de voir le candidat de la droite remporter l’Élysée en 2017.

Le « Hollande-bashing » ayant muté dans la cécité en un « gauche-bashing » unanime et irraisonné mais auto-justifié, le second tour semble joué. La droite et l’extrême droite au second tour ? L’évidence semble là, du moins pour l’instant, sur les cendres de 2002.

Sans mansuétude pour les efforts de dédiabolisation du Front national, toujours forgé des mains d’anciens SS et collaborationnistes en 1972, le « Front républicain », fictif mais premier parti de France dans ces cas là, propulserait l’ex-Premier ministre à la tête de l’Etat.

Cependant, entre François Fillon et Marine Le Pen, un choix « anti-système », « anti-sondages », une simple volonté de changer pour changer car « la France s’emmerde », pourrait, à l’image du Brexit et des élections américaines, mener le Conseil de Sécurité de l’ONU à accueillir Marine Le Pen à se table, aux côtés de Trump et Poutine.

Théo Florens

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