Un Français sur cinq tenté par un régime autoritaire : symptôme d’une France qui s’emmerde

Cet article a été publié à l’origine pour Le Plus (L’Obs) le 10/11/2016.

Publiée ce mardi 8 novembre, une étude Ipsos-Sopra Steria pour « Le Monde », l’Institut Montaigne et Sciences Po révèle que 18% des Français opteraient pour une alternative autoritaire à notre modèle démocratique actuel.

Des étudiants devant un mur d’affiche, en mai 1968 (Sipahioglu/SIPA)

Alors que les nouvelles conflictualités mondiales aux épicentres multiples (Levant, Mer méridionale de Chine…) et les chambardements politiques internes (montée du Front national, remise en cause des modèles en place…) bouleversent le jeu sur l’échiquier des aspirations nationales, la tentation totalitaire monte en flèche.

D’après une étude Ipsos-Sopra Steria pour « Le Monde », l’Institut Montaigne et Sciences Po publiée ce mardi 8 novembre, 18% des Français opteraient pour une alternative autoritaire à notre modèle démocratique actuel.

Et si cet engouement radical pour l’autoritarisme après un siècle d’une Europe des diktats était le simple symptôme d’une France qui s’emmerde ?

Extrait de la présentation des résultats de l’étude Ispos-Sopra Steria, slide 32

Tentation totalitaire

Selon ce même sondage, pour 77% des Français, la démocratie fonctionne « de moins en moins bien ». En 2014, 24% des Français considéraient que la démocratie pouvait se trouver un autre système politique aussi bon », contre 32% en 2016.

Cette méfiance pour le système établi a bouleversé récemment dans les urnes les pays d’Europe de l’Est, souvenons-nous des dernières élections autrichiennes.

En France, le Front national, premier parti en terme d’intentions de vote depuis plusieurs mois, en est l’incarnation.

Mais penser que l’Europe est prête à renouer avec un siècle d’autoritarisme serait méconnaître notre histoire, qui plus est, notre récit national.

Les fruits d’un échec sont bénéfiques

Souvenons nous de la une du « Monde » du 15 mars 1968, annonçant un article dans lequel le journaliste constate que, dans toutes les couches de la société française, « on s’ennuie ». Cet article devenu célèbre de Pierre Viansson-Ponté annonce les événements qui secoueront la France au printemps 1968.

En marge de la guerre froide, le besoin d’exister au cœur de conflits trop larges a provoqué une insurrection, bien davantage prétexte inconscient au chambardement pour lui-même qu’au soulèvement des questions estudiantines.

Au même titre, la France d’aujourd’hui, en marge des conflictualités mondiales, subit une privation d’intérêt et de capacité décisionnaire dans ces conflits. La France, portant sur son dos une culture séculaire d’industriel de l’Histoire craint aujourd’hui ce déclassement national. En somme, une France hors de l’Histoire est une France qui s’emmerde.

À mon sens, les fruits de Mai 68 sont à cueillir, les fruits d’un échec sont bénéfiques, en cela qu’ils constituent une leçon aux saisons futures.

La reproduction sociale, la violence symbolique impactant les plus excentrés du pouvoir central comme ceux destinés à s’y intéresser sont à l’origine d’un immobilisme morbide, commune origine des soulèvements, échecs répétés des politiques souhaitées progressistes ou réformistes depuis l’aube de la cinquième République.

L’envie de faire l’Histoire

Cette tentation totalitaire est une crise consubstantielle, elle est le symptôme d’un peuple privé de sa capacité à forger l’Histoire.

Après 1945, l’échec de la quatrième République n’est pas tant dû à ses faiblesses institutionnelles qu’à sa rupture trop faible avec sa petite sœur de 1870.

Il faudra attendre le général de Gaulle et l’autorité rétablie pour voir l’épanouissement national recouvré dans sa renaissance internationale.

Aujourd’hui, la remise en cause de la démocratie, vieille dame de l’Histoire, tendre et sage d’apparence, est la remise en cause d’un modèle de confort, loin des heurts, de la sueur et des larmes.

Une tradition familiale encrée fige la France dans les conditions fédératrices définies par Ernest  Renan. Notre nation, pour perdurer, devrait soi-disant honorer son héritage passé.

Fédérer autour du meilleur du passé 

Aussi, la famille-France, doit apprendre à se réinventer, déconstruire les schémas d’existence qui lui ont permis jusqu’alors d’être grande, des schémas martiaux et conflictuels. La famille-France doit sortir la table des grandes réunions, pour saisir cette envie irrémédiable de changement, que des événements comme Nuit debout illustrent.

Refonder la France de demain dans le moule de son Histoire, c’est fédérer autour du meilleur du passé, en conservant l’héritage d’une France présente sur la scène internationale, mais en rompant avec ses torts. Car « qui ignore son Histoire, se condamne à la revivre », mais qui la maltraite, se condamne à la subir.

Je me refuse à voir dans cette tentation totalitaire une perte de vitesse de l’idéal démocratique. Cet idéal est bien « le pire des système, à l’exception de tous les autres ». Mais il présuppose au-delà du régime démocratique, une bonne pratique de l’exercice démocratique. Aussi, sans participation du plus grand nombre à la chose publique, la tentation totalitaire, animée par la paresse et le désespoir perdurera.

Sans ascenseur social, tous fantasmeront encore que le clivage est entre gauche et droite, quand il est entre détenteurs des capitaux valorisables et victimes de la valorisation de ces capitaux.

Sans démocratie participative, point de démocratie, tout au plus, un exercice du pouvoir qui s’orchestre et se met en scène pour justifier ses actions. Sans démocratie représentative, la tyrannie de la majorité.

Théo Florens

 

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